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Pourquoi le combat de Mohamed Ali contre George Foreman restera mythique en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) ?

Propos recueillis par Sephora Lukoki Kapinga.

Au stade Tata Raphaël, Mobutu Sese Seko, président du Zaïre soulève les bras de George Foreman à gauche et Mohamed Ali, à droite, en 1974. Crédits photo : AP Photo

Posez la question à tous les Congolais. Tout le monde en parle. « Ali bouma ye !» (« Ali tue-le », en lingala), c’est le slogan scandé à l’unanimité par les congolais (ex-zaïrois) pour apporter soutien et force à leur boxeur favori Mohamed Ali. Décédé le 3 juin dernier à 74 ans en Arizona (Etats-Unis), il était hospitalisé pour des « problèmes respiratoires ».

La venue de la légende de la boxe au Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo) restera gravée dans les annales. Ali contre Foreman, c’est le « combat du siècle » déclare Rachel, mère au foyer, alors âgée de 13 ans en octobre 1974, lors du fameux affrontement au stade Tata Raphaël (ex stade du 20 mai).

Né Cassius Clay en 1942, Mohamed Ali, la légende  incontournable de la boxe a rendu l’âme. Atteint depuis trente-deux années de la maladie de Parkinson, le champion a cédé au dernier coup de la vie, celui de la mort. Il fait partie de l’histoire tant par ses victoires sportives que par ses opinions politiques mais aussi par ses nombreuses citations. Son héritage est lourd de sens. Il est cet homme qui, lorsque vous le voyez boxer, vous donne envie de vaincre à tout prix. Stratégie mentale et physique, assurance, entraînement intensif… Le génie de la boxe a su mettre toutes les chances de son côté pour être « le plus grand. »

30 octobre 1974 : un combat mythique appelé « the Rumble in the Jungle » (le grondement de la jungle)

Le combat du siècle entre Mohamed Ali et George Foreman au Zaïre, est pris en charge par le président Mobutu Sese Seko, qui a promis aux deux boxeurs 10 millions de dollars. C’est

le seul à le faire. Don King, le bookmaker saisi cette occasion pour organiser le plus grand championnat du monde de poids lourds à Kinshasa.

Par le biais de cet événement, Mobutu a fait valoir la notoriété de sa patrie. Le monde entier a les yeux rivés sur l’Afrique centrale et plus précisément sur Kinshasa. « C’est le plus grand événement sportif du XXe siècle » a affirmé Mobutu.

Ali boumaye (Ali, tue-le en lingala)

Mohamed Ali a su gagner le cœur des Congolais. Il s’y sentait « comme chez lui » explique Ngufulu José, entraîneur congolais de boxe anglaise depuis plus de trente ans à Levallois Perret. « Mohamed Ali savait animer la foule et faire le show. Parfois, il courait dans la rue, à partir de Nsele, « lieu magnifique » de Kinshasa où résidait le boxeur, et les gens le suivaient. » Un homme comme Mohamed Ali à Kinshasa c’est « inoubliable », se souvient José.

« Au Congo, Ali est venu conforter notre africanité et le public se reconnaissait en lui » selon l’écrivain franco-congolais, Alain Mabanckou. Habillé en abacost (littéralement « à bas le costume », une tenue sans col afin de différencier l’Africain du colonisateur), Mohamed Ali était un représentant de l’Afrique noire tandis que Foreman était tout le contraire. Il débarque en boubou sénégalais avec un berger allemand, chien qui a laissé un goût très amer chez les africains. Souvent attaqués par ce chien à l’époque coloniale.

Le boxeur de génie a révolutionné le noble art

Combat Ali contre Foreman. Peinture réalisée par Moke

« Son style de boxe unique, son jeu de jambe, sa technique, sa défense … c’était le meilleur », raconte Issa Traoré, premier capitaine de l’équipe de football de Djoliba au Mali, âgé de 38 ans lors du combat suivi dans le monde entier. Ali a vaincu Foreman par KO au bout du 8e round après l’avoir épuisé pendant 7 rounds. Dix ans après son premier titre, Ali récupère son titre de champion et devient le plus grand « The Greatest ».

« Mohamed Ali a révolutionné la boxe. Il a apporté une autre image du noble art, il a fait comprendre au monde que la base de la boxe est de donner des coups et d’en recevoir le moins possible » raconte l’entraîneur congolais José. D’où la citation utilisée par Mohamed Ali, « vole comme le papillon, pique comme l’abeille.»

« The Greatest » a montré sa suprématie bien que Foreman (à peine âgé de 25 ans et invaincu) était désigné comme favori. « Ali a su faire comprendre au monde que le noble art c’est bien plus que du sport. Il a changé la donne en proposant de prendre une assurance afin que le boxeur soit protégé en cas de blessure. Il a apporté une certaine éthique en déclarant que ni les muscles ni le mode de vie superficiel lié aux dépenses ne définissent le boxeur. Mais pour lui, l’important est d’entreprendre» dit José.

Ses punchlines, sa verve, ses convictions politiques, son refus d’aller au Vietnam malgré le retrait de sa licence de boxe ont construit le personnage. « Il osait parler quand d’autres ne le faisaient pas » mentionna Barack Obama. Ali a su imposer son identité de boxeur légendaire et sa fierté d’être africain. Seulement 5 défaites en 61 combats, 56 victoires à son actif dont 37 par KO. Il a forgé sa légende à Kinshasa. « Ali Boumaye ! Ali Boumaye ! »

L’hommage des Congolais au champion

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